Un petit bruit insiste. Une pulsation trébuche, repart ailleurs.
Des fragments se rapprochent, se frottent, disparaissent avant qu’on ait pu leur donner un nom.
Poborsk ne fabrique pas exactement des paysages électroniques.
Il préfère les endroits où les objets commencent à prendre leur propre direction.
Il y a chez Patrice Curtillat une façon bien à lui de ne jamais laisser les machines rester tout à fait sages.
Les sons électroniques semblent d’abord parfaitement maîtrisés, puis dévient. Un rythme s’accroche à un autre, une matière se déforme, une petite mécanique se met à tourner de travers. Les éléments changent de fonction en cours de route : ce qui ressemblait à une percussion devient une texture, un détail presque microscopique finit par déplacer toute la pièce.
Poborsk ne cherche pas à rendre l’électronique spectaculaire. Il préfère lui faire perdre ses repères.
Ses constructions ont quelque chose de très précis et pourtant légèrement indocile, comme si chaque système pouvait soudain réagir autrement qu’on ne l’avait prévu.
Cette Session entre dans cet univers par ses collisions, ses petites machines détraquées et ses architectures en mouvement.
Il y a des angles, des ressorts, des surfaces qui brillent dans le noir. Des choses minuscules prennent soudain beaucoup de place. Un détail ouvre une porte, puis la referme. La musique avance ainsi, par accidents contrôlés, avec cette étrange impression que quelqu’un déplace les meubles pendant qu’on regarde ailleurs.



